Le sexe dans les médias : obstacle aux rapports égalitaires, rapport dans lequel le conseil du statut de la femme au Québec émet une série de recommandations au gouvernement concernant la sexualisation de l’espace public.
Interview de Mme Pelchat membre du conseil du statut de la femme – Juin 2010
Pourquoi une telle réunion sur la place du sexe dans les media ?
« Les médias véhiculent la conception d’une sexualité basée sur des rapports inégalitaires entre les femmes et les hommes.
L’adolescence est une phase de construction identitaire, une période de changements et c’est à ce stade que les rapports sociaux de sexe prennent forme chez l’individu, ce qui le rend
particulièrement réceptif aux modèles ambiants. Devant l’influence des médias et des modèles sexuels stéréotypés qui y sont propagés, c’est la construction de l’identité sexuelle des adultes de
demain qui est en jeu »,
La sexualité a des aspects divers et complexes… Quel parti-pris avez-vous choisi ?
Le Conseil a examiné la sexualisation de l’espace public sous l’angle de la sexualité égalitaire. Il a fait la démonstration, à l’aide
d’une recension de plusieurs études produites au Québec et ailleurs, que non seulement l’omniprésence de la sexualité dans les médias influence les comportements sexuels des jeunes, mais a une
incidence sur leur conception de la sexualité.
Quels sont vos principales constatations ?
Trois constats ressortent du document :
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Les médias fréquentés par les jeunes proposent de plus en plus de sexualité et la représentation qui en est faite, de même que des
rapports sexuels, s’appuie largement encore sur une vision stéréotypée des rapports entre les sexes. On utilise la sexualité pour vendre. Selon une étude américaine, 77 % des émissions
de télévision sur les heures de grande écoute offrent du contenu sexuel.
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Les jeunes des deux sexes sont influencés par les modèles sexuels proposés par les médias et cela se manifeste, entre autres, par
une adhésion aux stéréotypes sexuels et une précocité sexuelle.
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Il y a une hausse de la fréquentation par les jeunes des médias sur lesquels il est difficile d’exercer un contrôle sur le
contenu.
Le rapport Hommes/Femmes est il vraiment si inégalitaire sans les media ?
Malgré les efforts consentis dans les dernières années pour lutter contre les stéréotypes sexuels et sexistes, les jeunes femmes et
les jeunes hommes reproduisent un modèle de sexualité inégalitaire, car c’est ce modèle qui leur est bombardé par les médias depuis leur enfance. Dans ce modèle, la séduction et la sexualité sont
une forme de pouvoir permettant aux filles d’obtenir ce qu’elles veulent, en répondant à tous les besoins et désirs des hommes et en laissant les leurs de côté. Quant aux hommes, le message
qu’ils reçoivent est que leur sexualité est essentiellement physique, détachée de l’amour, basée sur la performance, et que le plaisir de la femme importe peu.
Quant est-il du respect et des valeurs humaines ?
La sexualité telle qu’elle est véhiculée par les médias, n’est pas vécue dans un cadre de respect et de mutualité. Elle ne devrait pas
s’exprimer dans un contexte de violence, de domination ou de contrainte. De plus, la recherche du plaisir réciproque, tant féminin que masculin, devrait faire partie intégrante d’une sexualité
égalitaire
Allons un peu plus loin avec la Publicité… Quelle image ?
La publicité est omniprésente, chaque personne vivant en Amérique du Nord est exposée à quelque 1 500 à 2 500 messages publicitaires
par jour. Qu’on le veuille ou non, la publicité véhicule un message idéologique. Elle propose - voire impose - des définitions des individus, des groupes et des relations sociales. La publicité
marque l’inconscient aussi bien que le conscient, forge autant les préjugés que les croyances. Ainsi, la publicité participe à la construction des genres féminin et masculin.
Notre société est-elle obsédée par l’apparence et l’image corporelle, selon vous ?
L’apparence physique occupe une place fondamentale dans les préoccupations des jeunes - surtout des filles - au détriment d’autres
sujets tels que la réussite scolaire ou leur santé. Parmi les diverses manifestations de cette préoccupation constante de l’image corporelle, on trouve un nombre croissant de troubles
alimentaires. Parce qu’elles se comparent à l’idéal de beauté diffusé dans les médias, représenté par un corps mince et séduisant, sans imperfection et bronzé, les filles sont insatisfaites de
leur propre corps. Ainsi, 55 % des filles de 15 à 19 ans veulent perdre du poids, et 35 % des filles de la quatrième année du primaire veulent faire de même. Pour une majorité de jeunes
filles et garçons, avoir une belle apparence et porter de beaux vêtements est un élément clé de leur intégration sociale, car ce sont des facteurs de popularité importants.
Et la violence faite aux femmes… engendrée par les media ?
Une sexualité égalitaire doit nécessairement être exempte de violence. Or, on constate une hausse inquiétante de la violence conjugale
chez les jeunes filles de 12 à 17 ans. Chez les filles ayant fréquenté un garçon durant l’année précédente, 34 % auraient vécu de la violence psychologique, 20 % de la violence physique
et 11 % de la violence sexuelle. Il apparaît pertinent de relier la violence exercée dans les relations amoureuses des jeunes à l’omniprésence et à la banalisation de la pornographie dans
les médias. Les jeunes exposés à ces modèles ne peuvent en effet demeurer insensibles à la normalisation de la violence qui y est présentée et tendent à reproduire ce qu’ils voient.
Quelles ont été vos recommandations ?
Le Conseil a émis dix recommandations à l’intention du gouvernement afin de promouvoir les rapports égalitaires entre les femmes et
les hommes, de développer un esprit critique et de responsabiliser les acteurs. Le Conseil recommande notamment d’intensifier la lutte aux stéréotypes sexuels et sexistes, de mener une large
campagne médiatique pour faire la promotion de rapports égalitaires, de resserrer les règles d’application des normes en matière de stéréotypes sexuels dont se sont dotés les diffuseurs et
l’industrie de la publicité.
Les recommandations du Conseil du statut de la femme
1. Le Conseil recommande au gouvernement d’intensifier la lutte aux stéréotypes sexuels et sexistes. Les mesures du plan d’action et
de la politique de l’égalité entre les femmes et les hommes visant la promotion de modèles et de comportements égalitaires au regard de la sexualité et des rapports sexuels doivent être
renforcées.
2. Le Conseil recommande au gouvernement de rendre permanent le comité de travail sur la promotion des rapports égalitaires et d’y
intégrer la problématique de la sexualisation de l’espace public.
3. Le Conseil recommande au gouvernement de mener une large campagne médiatique par laquelle il ferait la promotion de rapports
égalitaires entre les sexes.
4. Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport d’exhorter le personnel enseignant à aborder la question
de l’égalité entre les sexes dans le nouveau programme d’éthique et culture religieuse, tant au primaire qu’au secondaire, et ce, à l’aide des ressources qu’il met à sa disposition pour en
soutenir l’appropriation.
5. Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport d’encourager la prise en compte de la préoccupation de
l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’éducation à la citoyenneté, et ce, dès le primaire.
6. Le Conseil recommande au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et au ministère de la Santé et des Services sociaux
d’assurer une meilleure diffusion de l’information relative à la sexualité des jeunes destinée à leurs parents.
7. Le Conseil recommande au ministère de la Santé et des Services sociaux et au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport de
soutenir des initiatives visant à informer les parents sur l’utilisation d’Internet.
8. Le Conseil s’engage à organiser un concours afin de promouvoir des images égalitaires dans différents véhicules
médiatiques.
9. Le Conseil souhaite voir se resserrer les règles d’application des normes en matière de stéréotypes sexuels dont se sont dotés les
diffuseurs et l’industrie de la publicité.
10. Le Conseil recommande à la ministre de la Condition féminine d’organiser des rencontres annuelles pour sensibiliser le milieu de
la publicité au Québec aux effets des stéréotypes sexuels.